Aller au contenu

CRQC : Cryptographically Relevant Quantum Computer

Cryptographie

CRQC : Cryptographically Relevant Quantum Computer, ordinateur quantique pertinent pour la cryptographie. « La machine qui n'existe pas encore et dont tout le monde prépare déjà l'arrivée », par analogie avec un héritier que la famille n'a jamais vu mais dont elle a déjà fait refaire la chambre.

Définition : Le terme, employé notamment par les agences américaines (NSA, National Security Agency, et NIST), désigne un ordinateur quantique assez grand et assez fiable pour exécuter l'algorithme de Shor (1994) sur des tailles de clés réelles, donc casser RSA, Diffie-Hellman et la cryptographie sur courbes elliptiques. Aucune machine de ce type n'est connue publiquement.

Ordres de grandeur : Les estimations publiées baissent régulièrement : environ 20 millions de qubits physiques bruités pour factoriser un module RSA de 2048 bits en quelques heures selon Gidney et Ekerå (2019), moins d'un million en moins d'une semaine selon Gidney (2025). Les machines publiquement connues restent loin de ces chiffres, en nombre comme en qualité de qubits.

Symétrique : Pour AES et les fonctions de hachage, la menace passe par l'algorithme de Grover, dont le gain quadratique se parallélise mal : AES-128 reste généralement jugé suffisant et AES-256 confortable. Le CRQC est d'abord une affaire de clés publiques.

Calendrier : Faute de date d'arrivée, on raisonne par l'inégalité de Mosca : si la durée de confidentialité requise plus la durée de migration dépasse le délai avant le premier CRQC, les données collectées aujourd'hui seront lues demain. Le projet NIST IR 8547, publié en novembre 2024, prévoit de déprécier en 2030 les algorithmes vulnérables offrant 112 bits de sécurité et de tous les interdire en 2035.

Ce qui arrive si on s'en passe

Attendre l'annonce d'un CRQC pour migrer, c'est découvrir le jour venu que les échanges enregistrés depuis des années se déchiffrent d'un coup : la stratégie « collecter maintenant, déchiffrer plus tard » ne demande à l'adversaire que de la patience et des disques. Les signatures exposent autrement : racines de confiance, micrologiciels et documents signés pour des décennies deviendraient falsifiables. Une migration d'infrastructure prend des années, inventaire cryptographique compris ; la commencer avant l'apparition de la machine est la seule façon qu'elle se termine à temps.

Explication de la marmotte

Un CRQC serait un ordinateur quantique assez puissant pour casser les codes secrets qui protègent aujourd'hui Internet, comme ceux des sites web ou des signatures électroniques. Une telle machine n'existe pas encore et personne ne sait quand elle arrivera. Le problème, c'est que des espions peuvent dès maintenant enregistrer des messages secrets pour les lire plus tard. C'est pourquoi on commence déjà à passer à de nouveaux codes, conçus pour résister aux ordinateurs quantiques.

Où ce terme est utilisé

← Tout le glossaire