Repères, vocabulaire et promesses de la cryptographie
4 pages
Ce que la cryptographie protège, son vocabulaire, son histoire et ce qu’elle ne fait pas.
Rubrique 06 sur 13
Dossier éditorial prioritaire pour comprendre le chiffrement, les clés, les preuves cryptographiques et leurs usages.
Rubrique · 79 pages · 13 sous-sections
4 pages
Ce que la cryptographie protège, son vocabulaire, son histoire et ce qu’elle ne fait pas.
4 pages
Produire de l’aléa, mesurer la force d’une protection et lire une garantie sans la surinterpréter.
5 pages
De DES à AES, modes de chiffrement, chiffrement par flot et chiffrement authentifié.
4 pages
Condensés, MAC, dérivation de clés depuis un mot de passe et arbres de hachage.
5 pages
RSA, courbes elliptiques, Diffie-Hellman, KEM et signatures : la cryptographie à deux clés.
6 pages
Relier une clé à une identité, faire tourner les clés et gouverner la cryptographie d’un parc.
5 pages
TLS, messageries chiffrées, données au repos et partage de secret : la cryptographie assemblée.
3 pages
Cryptanalyse, canaux auxiliaires, audits et réponse quand un algorithme ou une clé tombe.
3 pages
Preuves à divulgation nulle, engagements, anonymisation, vote et contrats : prouver sans tout révéler.
2 pages
Préparer la migration post-quantique et mesurer ce que les chaînes de blocs garantissent vraiment.
20 pages
HSM, PKCS#11, clés de chiffrement de clés, rotation et exploitation au quotidien d’un module matériel.
10 pages
Autorité privée, révocation, ACME, Certificate Transparency et cycle de vie des certificats à grande échelle.
8 pages
Choisir ses algorithmes, migrer les anciennes versions, épingler, agrafer OCSP et passer au post-quantique.
Apprendre le vocabulaire et les promesses
Chiffrer avec une clé partagée
Passer aux deux clés
Relier les clés aux identités
Mettre TLS en production
Parcours qui passent par ici
La crypto, c’est le domaine où l’à-peu-près ne pardonne rien. Ailleurs, une approximation coûte une astreinte, un rollback, une soirée pourrie. Ici, elle ne coûte rien du tout. Pendant des mois, parfois des années. Un mode de chiffrement choisi au feeling, un IV réutilisé parce que « ça marchait en recette », une preuve de sécurité lue en diagonale : tout ça passe les tests, passe la revue, passe en prod, et dort tranquillement. Le défaut ne se manifeste jamais au moment où on l’introduit. Il attend. Il attend qu’un type avec du temps libre et un bon papier de 2016 vienne tirer le fil.
La cryptographie fabrique des cadenas pour l’information : des coffres que seul le bon destinataire peut ouvrir, des cachets qui trahissent la moindre retouche, des signatures impossibles à imiter. Cette rubrique explique ce que chaque cadenas protège vraiment, et surtout ce qu’il laisse passer quand il est mal posé, parce que c’est là que naissent la plupart des mauvaises surprises.
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C’est exactement ce qui rend le sujet aussi exigeant que passionnant. On n’apprend pas la crypto pour inventer quoi que ce soit. Sérieusement, mieux vaut ne rien inventer, personne n’a besoin d’un mode d’opération maison. On l’apprend pour arrêter de se tromper sur ce qu’une primitive garantit réellement. Nuance énorme. Entre « c’est chiffré » et « c’est chiffré, authentifié, avec une clé dont le cycle de vie est maîtrisé et un nonce dont l’unicité est démontrable », il y a un gouffre, et c’est dans ce gouffre que tombent la plupart des incidents.
Cette rubrique part des briques de base (chiffrement symétrique et asymétrique, hachage, signature, échange de clés) et remonte vers ce qui les fait tenir une fois lâchées dans la vraie vie : la gestion des clés dans la durée, le vrai sujet, la confiance qu’une PKI fait circuler de proche en proche ; la sécurisation effective d’un canal avec TLS. Et à chaque page, la même question revient, et elle n’est jamais purement mathématique : qu’est-ce que ce mécanisme protège vraiment, et surtout, qu’est-ce qu’il laisse tranquillement passer ?
Parce que c’est ça, le piège. Une primitive fait exactement ce qu’elle promet, ni plus ni moins : un chiffrement symétrique apporte confidentialité et intégrité. Il n’apporte pas la résistance à la réutilisation de nonce, il ne dit rien de l’origine de la clé, et il se moque complètement de savoir si elle traîne dans un fichier de conf versionné sur un dépôt public. La théorie est solide ; c’est le raccord avec le système réel qui fuit.
Une organisation qui néglige la cryptographie ne perd pas son chiffrement : elle en garde l’apparence. Les cases « chiffré » restent cochées pendant que les clés vieillissent sans renouvellement, que personne ne sait plus lesquelles protègent quoi, et qu’une clé divulguée continue d’ouvrir toutes les données qu’elle a protégées, passées comprises. Le jour où un algorithme affaibli doit être remplacé, l’absence d’inventaire transforme une opération planifiable en fouille archéologique, système par système. Et un certificat expiré, découvert par les utilisateurs avant les administrateurs, rappelle opportunément que la confiance a une date de péremption.
La cryptographie repose sur quelques briques de base. Le chiffrement symétrique utilise une même clé secrète pour rendre un message illisible, puis lisible à nouveau ; il assure la confidentialité et l’intégrité. Le chiffrement asymétrique utilise deux clés liées : une clé publique, que tout le monde peut connaître, et une clé privée, gardée secrète. Le hachage calcule une empreinte courte qui change dès que le contenu change. La signature combine empreinte et clé privée pour prouver qui a produit un document. L’échange de clés permet à deux machines de se mettre d’accord sur un secret commun sans jamais l’envoyer. Ces briques ne suffisent pas seules. Une clé doit être créée, stockée, renouvelée et détruite correctement pendant toute sa vie. Une infrastructure de clés publiques relie chaque clé publique à une identité, grâce à une chaîne de certificats signés les uns par les autres. Le protocole TLS, qui protège par exemple les connexions aux sites web, assemble l’ensemble pour sécuriser un canal de communication. Les échecs viennent rarement des mathématiques : un nombre censé ne servir qu’une fois et pourtant réutilisé, une clé oubliée dans un fichier de configuration public ou un mode de chiffrement mal choisi passent tous les tests et ne se révèlent que le jour où quelqu’un les exploite.