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Le syndrome de la double horloge

Éditorial

Un analyste lit « 14:02 » dans un journal et le range, sans s'en rendre compte, dans son propre après-midi. Ce glissement entre l'heure des journaux et l'heure vécue fausse les chronologies d'incident, et ce n'est pas un défaut individuel : ce sont nos consoles qui l'entretiennent.

~2 min de lecture2 sections

Toute équipe de réponse à incident travaille avec deux horloges : l’heure UTC des journaux, et l’heure locale de la vie réelle, des réunions et des astreintes. Le syndrome de la double horloge désigne ce qui se passe quand ces deux repères se contaminent mutuellement : un analyste qui lit « 14:02 » dans un journal et le situe, sans s’en rendre compte, par rapport à son propre après-midi.

Une série d’observations menées dans des centres de supervision a établi trois effets :

  1. La compression nocturne. Les événements survenus la nuit en heure locale sont jugés moins graves, même quand ils sont identiques à ceux de la journée.
  2. La couture du changement d’heure. Deux fois par an, les incidents qui chevauchent le passage à l’heure d’été ou d’hiver voient leur chronologie reconstruite avec une erreur d’une heure dans près d’un cas sur trois.
  3. L’effet d’ancrage de l’astreinte. L’analyste d’astreinte date spontanément le début d’un incident au moment de son propre réveil, et non au premier signal dans les journaux.

Le syndrome est moins un défaut individuel qu’un défaut d’outillage : des consoles qui affichent tantôt l’UTC, tantôt l’heure locale, sans l’indiquer, forcent l’analyste à faire une conversion mentale permanente, et cette conversion finit par fuir dans le raisonnement.