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L'administration Active Directory en tiers en une page

Un domaine Active Directory a exactement la solidité du poste le plus négligé sur lequel un administrateur du domaine a un jour ouvert sa session pour rendre service : la gentillesse est une vertu, mais pas une politique de sécurité.

Schéma animé : trois étages, le tier 0 en haut (l'annuaire et ce qui le contrôle : contrôleurs de domaine, PKI AD CS et synchronisation Entra, sauvegardes et hyperviseurs ; ce qui contrôle le tier 0 est du tier 0), le tier 1 au milieu (serveurs d'applications, fichiers et bases, comptes d'administration du tier 1), le tier 2 en bas (postes de travail et utilisateurs). Comment le domaine tombe, en quatre étapes. Un : le compte Admin du domaine, au tier 0, ouvre une session sur le poste compta, au tier 2, pour dépanner. Deux : sa session reste dans la mémoire du poste, avec de quoi agir en son nom. Trois : le poste est compromis un jour, par un courriel piégé ou un logiciel en retard de mises à jour. Quatre : qui tient le poste tient la session, le secret remonte au tier 0 et le domaine est compromis. Puis les cloisons et les parades : A, un compte par tier, jamais connecté plus bas, la connexion du tier 0 vers le poste est interdite ; B, le tier 0 s'administre depuis un poste d'administration dédié ; C, LAPS donne à chaque poste de travail un mot de passe d'administrateur local unique ; D, le groupe Protected Users réduit les secrets laissés en mémoire. Limite : une seule exception « pour dépanner » et la cloison devient un décor.

  • Trois étages, une règle. Le tier 0 contient l’annuaire et tout ce qui peut le contrôler ; le tier 1, les serveurs et les applications ; le tier 2, les postes de travail et leurs utilisateurs. Un compte n’ouvre jamais de session sur un étage inférieur au sien, et un étage inférieur ne contrôle jamais un étage supérieur.
  • Le tier 0 déborde des contrôleurs de domaine. La PKI qui délivre des certificats d’authentification (AD CS), le serveur de synchronisation vers Entra ID, les sauvegardes des contrôleurs, les hyperviseurs qui les hébergent, l’outil de déploiement ou la console d’EDR capables d’y exécuter du code : tout ce qui contrôle le tier 0 en fait partie, et se protège comme lui.
  • Pourquoi un admin du domaine sur un poste expose le domaine. Une ouverture de session interactive (console, Bureau à distance classique, « Exécuter en tant que ») laisse dans la mémoire de la machine de quoi s’authentifier au nom du compte tant que la session vit, et le cache de connexion en garde une empreinte après. Qui prend un jour la main sur ce poste prend ce qui s’y trouve. Le compte ne vaut donc pas plus que la machine la moins protégée où il s’est connecté.
  • Un compte par tier, des interdictions écrites. L’administrateur a un compte ordinaire pour ses courriels, et un compte d’administration par tier qu’il administre. Sur les machines des tiers 1 et 2, une stratégie de groupe interdit l’ouverture de session aux comptes du tier 0 (droits « Interdire l’ouverture d’une session locale », « … par les services Bureau à distance », en tant que tâche et en tant que service) ; les stratégies et silos d’authentification (depuis Windows Server 2012 R2) restreignent en plus les machines depuis lesquelles ces comptes s’authentifient.
  • Un poste d’administration dédié. Le tier 0 s’administre depuis un poste réservé à cet usage : durci, sans messagerie ni navigation sur Internet, seul autorisé à joindre les interfaces d’administration. Administrer l’annuaire depuis le poste où l’on lit ses courriels revient à garder les clés du coffre dans la boîte aux lettres.
  • LAPS cloisonne les postes entre eux. Windows LAPS, intégré à Windows depuis la mise à jour d’avril 2023, donne à chaque machine un mot de passe d’administrateur local aléatoire, stocké dans l’annuaire (ou Entra ID), lisible par les seuls groupes autorisés et renouvelé, y compris après usage. Un poste tombé n’ouvre plus tous les autres avec le même mot de passe.
  • Protected Users réduit ce qui traîne. Pour les membres de ce groupe (depuis Windows Server 2012 R2) : pas de NTLM, pas de DES ni de RC4 en Kerberos, pas de délégation, pas de vérificateur de connexion en cache, pas de secret en clair conservé par CredSSP ou WDigest, ticket Kerberos initial limité à 4 heures. On y place les comptes d’administration après essai, jamais les comptes de service ni le compte de secours.

Pour aller plus loin : Active Directory délégations et chemins d’attaque · Comment structurer Active Directory et déléguer sans escalade · Kerberos et KDC dans Active Directory, attaques et durcissement · Séparer plan de contrôle et plan de données · Comment limiter le mouvement latéral après compromission · Accès juste-à-temps et privilèges temporaires · Déployer FIDO2 pour comptes à privilèges.

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